Le rugby est un art

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« En peinture comme en rugby, le plus intéressant c’est quand apparaît un nouvel ordre dans le désordre. (…) Dans toute vraie création, pas seulement picturale, l’inattendu est l’essentiel »
Pierre Soulages (L’Equipe Magazine, 10 septembre 2011).

Soutenir que le rugby est un art ne peut que séduire les amateurs et souvent amoureux de ce sport. Ils seront prompts à célébrer un sport d’élégance de mouvements, de cadrages-débordements, de courses ballon sur le cœur et regard levé. Ils revivront l’offrande des passes qu’elles soient croisées, à la corne ou sur un pas, le choc des plaquages et des entrées en mêlée, les cris et les rumeurs qui tombent des tribunes et montent des mains courantes, le ballon ovale et ses rebonds d’incertitue, le vent qui le détourne, les ballons, les maillots déchirés parfois marqués de sang…

Prétendre que l’art peut faire une place au rugby est plus difficile même en une année de Coupe du monde.

Lorsque j’ai annoncé à trois amis en art et en rugby que la Galerie cachée allait présenter une exposition temporaire consacrée à trois peintres de rugby, le premier a jugé que c’était « une gageure ». «Bon courage », a lâché le deuxième. «Vas-y », a lancé le troisième.

La phrase de Pierre Soulages était un baume au cœur d’autant que le peintre à la carrure de troisième ligne avait filé la comparaison entre le rugby et son art dans une lettre à Jean Fabre, ancien capitaine du XV de France, originaire de Rodez comme lui.

« Mes meilleures peintures naissent souvent du hasard d'une tache, d'une forme imprévue, accidentelle. Les actions qu'elles peuvent suggérer sont sans précédent. De même au rugby, on ne doit pas se laisser enfermer dans la répétition ennuyeuse de tactiques ou de gestes attendus. Comme dans toute stratégie, on est dans l'obligation de toujours surprendre. En peinture et au rugby, j'aime ce qui s'atteint d'aventure » (25/08/2014). 

La caution de Pierre Soulages a eu un effet sur la discussion mais le scepticisme de mes amis. Il a fallu trouver d’autres arguments et d’autre arguments dans l’histoire des liens entre l’art et le sport, l’art et le rugby.

Les scènes de chasse du paléolithique comme celle du Puits de la grotte de Lascaux (18.600 avant JC) étaient une bonne entrée dans cette histoire. La chasse n’allait-elle pas être pendant des siècles le sport des nobles et des rois et le thème d’œuvres d’art.

Furent invoquées aussi les odes à la beauté des corps et du geste, à la perfection du mouvement que furent les scènes de lutte ou de course gravées sur les vases de l’Antiquité grecque ou les statues d’athlètes comme le discobole du sculpteur athénien Myron (Ve siècle avant J-C). Le culte des champions des Jeux d’Olympie introduisit un frisson de compétition celui des gladiateurs des jeux du cirque romains une notion de professionnalisme.

La rigueur du catholicisme triomphant éteignit les enthousiasmes populaires et païens mais subsistèrent sur le pré et dans les enluminures dont celles du codex Manesse allemand les joutes et tournois symboles de « l’Art de vivre » de la chevalerie européenne qui devinrent aux XIIe, XIIIe et XIVe siècles des championnats individuels et par équipes.

La guerre prit le relais des images d’exploit et de mouvement avec la magnification de charges de cavalerie et de batailles navales.

Le profane attendait son heure. Il prit son élan qu’au XIXe siècle avec Le derby d’Epsom de Théodore Géricault (1821. Musée du Louvre).

Les Impressionistes entrèrent dans l’arène avec Edouard Manet.

« Un des plus beaux, des plus curieux, et des plus terribles spectacles que l'on puisse voir, c'est une corrida. J'espère, à mon retour, mettre sur la toile l'aspect brillant, papillotant et en même temps dramatique de la corrida à laquelle j'ai assisté » , écrivit-il à Charles Baudelaire Lors de son premier voyage en Espagne (La Corrida, 1864, The Frick Collection New York).

Edgard Degas présenta en 1879 « Les chevaux de course devant la tribune » (Musée d’Orsay) qui faisait entrer le thème traditionnel du cavalier dans le monde moderne.

Caillebotte s’intéressa aux « Canotiers ramant sur l’Yerres » (1877 Collection particulière).

Cézanne aux Baigneurs (1892-1894, Musée d’Orsay)

Cézanne « allait vers l'abstraction des corps naturels, car il ne voyait en eux que des surfaces et des volumes picturaux", commenta le Russe Kasimir Malevitch qui allait jouer un rôle majeur dans l’apparition de l’abstraction et peindre en 1918 le tableau « Carré blanc sur fond blanc », qui est considéré comme le premier monochrome de la peinture contemporaine.

Cézanne avait ramené les corps nus. Il ne manquait plus que des ballons.


Le Douanier Rousseau - Les joueurs de football

Le Douanier Rousseau surprit en 1908 avec « Les joueurs de football » son seul tableau du genre qui rappellerait plutôt le rugby mais qu’importe car à l’époque on parlait tout aussi bien de « football à la main » ou de « football-rugby » (Musée Gugenheim).


Pierre de Coubertin

Pierre de Coubertin soucieux d’intégrer l’art et la culture dans le mouvement olympique créa lors des Jeux de Stockholm, en 1912 cinq « concours olympiques d’art » dans les catégories peinture, sculpture, architecture, musique et littérature. L’artiste luxembourgeois Jean Jacoby remporta la médaille en peinture des Jeux de Paris (1924) avec un tableau sur le rugby.

Il réussit un doublé quatre ans plus tard aux Jeux d’Amsterdam dans la catégorie peinture/dessin/aquarelle avec un dessin également consacré au rugby.


Robert Delaunay - L’Equipe de Cardiff

Le jeu de voyous pratiqués par des gentlemen était entré dans l’ère l’art moderne. Il s’y ancra encore plus grâce à Robert Delaunay auteur en 1913 de « L’Equipe de Cardiff » (Musée d’Art moderne de la ville de Paris).


André Lhote - Rugby

Puis André Lhote l’entraîna dans le cubisme (Rugby, 1917, Centre Pompidou).


Nicolas de Staël - Parc des Princes

Lhote traitera également du football avant que Nicolas de Staël ne brouille génialement les pistes entre les deux sports et entre abstraction et figuration avec sa série Parc des Princes. (1952, Collection particulière).


D’autres artistes se sont depuis confrontés aux mystères de la couleur et du mouvement que présentent le sport et le rugby en particulier.

Trois d’entre eux Claudine Cop, Nicole Guillot et Jean-Luc Lopez tiennent aujourd’hui le pinceau, le fusain et le crayon.

La Galerie cachée est heureuse de vous les présenter en marge de la Coupe du monde qui se déroule en Angleterre.

 

J-P Couret