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Oleg Tselkov: La quête du visage de tous les visages

Il est des peintres, des artistes, amis de toutes les muses, connus ou inconnus, que l’on reconnaîtra toujours après avoir vu, entendu, perçu leur œuvre pour la première fois.

Oleg Tselkov est de ceux-là.
Pour ceux qui n’ont pas encore rencontré son œuvre, et pour les autres car les sorties de ses oeuvres sont rares, la Galerie Shchukin présente à Paris du 14 septembre au 21 octobre une "exposition solo" de cet artiste russe.

https://www.youtube.com/watch?time_continue=6&v=LipDUdDL9p4
Video: Galerie Shchukin - Vladimir Khrapovitskiy - Mise en ligne le 11 sept. 2017 sur www. youtube.com

Mais qui est Oleg Tselkov ?
Du temps où la Galerie cachée tenait cimaises sous les Couverts de Mirepoix, j’avais coutume de dire aux visiteurs que le plus important était qu’ils s’approprient les œuvres, leur donnent une seconde vie en tant que "regardants".
Imaginez qu’Oleg Tselkov ait posé ses toiles en Ariège pour une exposition à la Galerie cachée.
Regardez, que voyez-vous ?

Optimized trois masques
le cavalier
                                                                        Le cavalier - Huile sur toile - 1200 x 824 cm - 1998 

Optimized theatre                                                                          Théâtre - Huile sur toile - 250 x 187 cm

Sous le Grand Couvert, la discussion se prolongeait parfois au gré des goûts et des curiosités. Elle se terminait presque toujours sur la question "Et vous, que voyez-vous" ?

Le site www.lagaleriecachée.fr (ou cachee.fr sans accent) sera toujours heureux de recevoir vos commentaires mais dans le temps réduit et la froideur du virtuel, comment décrirais-je les œuvres d’Oleg Tselkov ?
Ces portraits de visages massifs, ces crânes chauves, ces yeux en amande et aveugles ou presque, ces nez difformes, ces bouches aux lèvres étroites scellées ou ouvertes sur des mâchoires édentées ou des cris ?

Que dire de ce sentiment d’une uniformité et d’une muscularité menaçantes?
Et que dire de ces couleurs, étranges, parfois vives, voire brûlantes, des ombres et des fonds au contraste profond ?
Comme souvent, la biographie de l’artiste apporte un complément d’information.
Elle nous apprend qu’Oleg Tselkov est né le 15 juillet 1934 dans la région de Moscou, dans ce qui était alors l’Union soviétique et dans une famille d’intellectuels.
Il a fait ses études secondaires à Moscou puis est parti pour l’Institut des Arts de Minsk et l’Académie des Arts de Leningrad. Il a été expulsé à chaque fois pour « raisons idéologiques », en d'autres termes refus de se plier au "réalisme socialiste". Il a bouclé ce cycle avec le diplôme d’artiste et technicien du théâtre de l’Institut du théâtre et du cinéma de Leningrad en 1958 (source site www.moscowart.net).
Sa première exposition a eu lieu en 1966. Deux jours après son ouverture le KGB l’a interdite comme « idéologiquement inacceptable ».
Entre-temps, l’œuvre et la vie d’Oleg Tselkov avaient basculé.
C’était un jour de 1960, il traça sur une toile un portrait à deux visages et dit le tenir pour sa "première œuvre significative".

Optimized portrait
                                                                   Portrait à deux visages - Huile sur toile - 1960 - 250 x 357 cm

Il eut la révélation que ce n’était pas le portrait d'un visage comme un autre, plus ou moins beau, plus ou moins reconnaissable mais que c’était le visage de tous les visages. Le visage de l’homme universel.

"Depuis (…), jour après jour, je peins mes innombrables toiles, l’une après l’autre. Parfois, quelque chose change, avec le temps, la lumière ou l’obscurité (…) Mais toujours, toujours ! Ces visages, ces portraits de visage se répètent", déclare-t-il à longueur de ses rares interviews.
La petite histoire que rapportent les catalogues d'exposition et les revues d'art veut qu’Oleg Tselkov se soit retrouvé confiné dans une pièce de neuf mètres carrés où il ne pouvait voir entièrement ses œuvres de grand format qu’en tenant des jumelles à l’envers mais n'a jamais cessé de peindre.
En 1977, il est expulsé d’URSS et vient s’installer en France où il vit toujours dans la plus grande discrétion, et presque dans l’indifférence, alors qu’il est adulé en Russie.
Depuis des années, tous ceux qui se sont intéressés à son œuvre ont tenté de l’analyser.
Les renvois aux masques - africains et masques de tous les arts premiers - sont fréquents.
Nombreuses aussi sont les références à la dénonciation de l’ex-Union soviétique, de "l’homo sovieticus" déshumanisé.
"Naïf et loin de la vérité", a répondu la fille adoptive d’Oleg Tselkov, Olga Schmitt, sur France Inter dans l’émission "Le Grand atelier" le 3 septembre dernier.
"Il dérangeait énormément parce qu’il n’était pas dissident, ce qui peut paraître paradoxal. Dans le formulaire qui accompagnait son expulsion la raison était ‘asoviétisme’ ce qui est assez rare", a-t-elle précisé. "Il disait toujours que la dissidence était une façon de mener encore le dialogue avec les pouvoirs".
Si on sort des analyses politiques, certains prennent la piste d’autoportraits anticipés et mettent en avant une photographie d’Oleg Tselkov.

Optimized photo                                                                           Photo site http://www.ladamedepique.ru
                                                                                    © Nicolas Hidiroglou

D’autres invoquent le Sots Art, dérivé du Pop Art américain pour désigner à partir des mots art et socialisme un art anticonformiste réduit à des expositions privées et plus ou moins clandestines dans des appartements de Moscou, dans les années 70.
Les tenants de l’expressionnisme européen du XXe siècle revendiquent Oleg Tselkov. C’est compréhensible.
Ceux de l’Art Brut aussi. Ils le font au nom des principes de révélation, obsession, désintérêt pour le monde extérieur énoncés par Jean Dubuffet dans sa définition de l’Art Brut en 1949
Manque, bien sûr, le principe "d’œuvres réalisées par des personnes indemnes de toute culture artistique" et donc libres de toute influence. Concept tout aussi cher à Dubuffet qu’à André Breton et aux surréalistes.
Olga Schmitt semble cependant aller dans le sens de l’Art Brut lorsqu’elle dit : « Je pense qu’il y a (chez Oleg Tselkov) une sorte de folie mais une folie extrêmement douce ».
"Cet homme ne sait pas qui il est (…) Il ne se soucie pas de ce que vaut une œuvre, de ce que représente une œuvre . Cet homme ne sait pas qu’il est cet immense peintre. Il ne sait rien de lui en dehors de ce qu’il vit quotidiennement avec sa compagne"».
Le terme favori de ses exégètes, et sans doute le plus confortable, est qu'Oleg Tselkov était "anticonformiste".
L'artiste ne se laisse pas classer aussi facilement.
"Les anti-conformistes russes n’étaient pas un mouvement artistique. C’était un mouvement social qui, d’une certaine façon protestait contre le régime communiste", dit-il dans une interview accordée à Russian Art+Culture avant une exposition à Londres en 2014.
Et quand on lui demande qu’elles ont été ses influences, il affirme: "Je pense aujourd’hui que je n’ai jamais eu de précurseur ou de professeur. Il n’y a aucune personnalité dans le monde de l’art dont j’ai eu envie de suivre l’approche".
"Je peux dire que j’ai créé quelque chose qui n’a pas été fait avant moi", précise-t-il.
Il reconnaît avoir étudié des images du Bouddha créées par le peuple Khmer et avoir été touché par l’art antique égyptien puis vient, peut-être, le moment de vérité : "Ma rencontre avec les œuvres de Kasimir Malevitch a été un des moments les plus chargés de sens de ma vie (…) Ses œuvres m’ont parlé (…) Je pense que je suis un enfant de Kasimir Malevitch".
Allez-vous faire une opinon en allant voir ou revoir l'oeuvre d’Oleg Tselkov.
Et prenez soin de vous.

Gallery Shchukin 4 Avenue Matrignon 75008 – Paris 
Tél :+33.1.45.61.25.63 
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www. Galleryshchukin.fr
New York 110 E 31st St, New York, NY 10016 
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