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Rétrospective David Hockney - Une vie de métamorphoses

Du Yorkshire à la Californie et retour et avec escapades, David Hockney affiche depuis des décennies une exubérance, un anticonformisme, une créativité, une curiosité, un souci de la nouveauté qui lui ont évité les trop longues séries à la limite de la répétition et de l’auto-plagiat.
Il a eu 80 ans le 9 juillet et les grands musées de Londres, Paris et New York ont décidé que 2017 serait l’année de David Hockney et se sont unis pour  le saluer comme le plus grand artiste vivant.
Optimized afficheCet hommage est scénographié au fil du voyage d’une Rétrospective qui a couru de la Tate Britain du 9 février au 29 mai, s'est emparée des cimaises du  Centre Pompidou du 21 juin au 25 octobre et s'installera au Metropolitan Museum of Art du 27 novembre au 25 février 2018. 
David
Hockney méritait-il pareil honneur qui fait de lui l’égal de Picasso, de Cézanne, de Bacon, de Lucian Freud et de tant d’autres pour ne parler que des modernes ? A votre liste… 
Soixante ans après la vente de son premier tableau lors d’une « Yorkshire Artists Exhibition » à la Leeds Gallery ("Portrait of my Father"), le Centre Pompidou présente 160 œuvres de l’artiste britannique.
L'accrochage est fluide. Chronologique Et il mérite d'être suivi. Dans les salles hautes du musée percées de meurtrières ouvertes sur les toits et les monuments de Paris, il laisse respirer et dialoguer les oeuvres  d'un artiste qui s'est confronté à tous les courants de son temps mais n'a jamais fait allégeance à aucune chapelle, pas même le Pop Art n'en déplaise à certains.

portrait of my father                                                                        "Portrait of my father"-1955-Huile sur toile-51x40,5cm-
                                                                                     The David Hockney Foundation
Pour Didier Ottinger, commissaire de l’exposition à Paris, l’œuvre de David Hockney «a deux piliers, Matisse d’un côté et Picasso de l’autre ».
« Matisse, c’est la couleur, le plaisir, c’est le peintre de la joie de vivre, un projet qui appartient aussi à David Hockney. Picasso, c’est l’investigation, l’expérimentation formelle, la recherche de nouveaux espaces, l’engagement de l’artiste dans le monde de façon presque tactile », précise-t-il.  «Quand on relie les deux, on a cet artiste anglais ».
Tout commence à Bradford dans l’Angleterre industrielle des années 30 où David Hockney naît en 1937 d’un père qui sera objecteur de conscience pendant la Seconde Guerre mondiale et la paix revenue peignit des couchers de soleil sur les portes de sa maison.

Optimized eccleshillLes couleurs de la ville du jeune Hockney sont pourtant le noir, le gris, le vert sombre avec de rares touches de blanc sale. 
Sans surprise, les élèves de la Bradford School of Art qu’il intègre sont orientés vers un succédané du réalisme soviétique.


 "Eccleshill"-1957-The David Hockney Foundation

Optimized selfportrait

 Matisse, Bonnard, Kandinsky, Malevitch sont loin. Inconnus. Un autoportrait laisse pourtant penser que quelque chose couve.
A 17 ans, Hockney se représente sur fond de papier journal. cravate jaune, écharpe rouge, 
veste bleue, ébauche de moustache, lunettes rondes. Leur monture noire se colle à la lourde frange brune. Le regard est noir, lui aussi, et perçant.

Un dandy est né.



 
Self Portrait)- 1954-Collage sur papier journal-41,9x29,8-cm 
Bradford Museum and Galleries

Optimized photo hockney pompidouCes lunettes le suivront toute sa vie. Il les portait en juin 2017 lorsqu'il a posé, comme toujours tiré à quatre épingles, devant un de ses "Doubles portraits" avant le vernissage de sa Rétrospective au Centre Pompidou.
Tableau: 
"American Collectors (Fred & Marcia Weisman)"-1968 -acrylique sur toile, 214 x 305 cm-Arts Institute of Chicago).
Photo: présentation de l'exposition.


Un passage au Royal College of Art de Londres le confronte à l’abstraction. Fausse piste. Il intitule un tableau « Growing discontent » («Mécontentement croissant »).
Il dira plus tard que son expérience de l’abstraction aura duré «deux semaines», le temps de découvrir que les peintres célèbres de l’époque comme Jackson Pollock étaient  "dénués de toute humanité ». Bradford quand tu nous tiens…
La révélation vient en 1960. David Hockney découvre Pablo Picasso lors d’une exposition à la Tate Gallery.
«J’étais tombé amoureux de Picasso. Ce furent les Picasso des années trente qui m’impressionnèrent tout d’abord. Je me souviens d’être tombé en admiration devant « La Femme qui pleure»
(Pictures by David Hockney –
Ed. Thames and Hudson – 1979).
« J’ai compris que ces toiles des années 30 ainsi que Guernica étaient celles que l’on devait prendre en considération si on étudiait la peinture. C’étaient des toiles d’une importance majeure», ajoute-t-il.
Et lorsque son analyse s’affine, il confie à Carole Naggar dans la revue Zoom en 1974 : 
«(Picasso) pouvait maîtriser tous les styles, toutes les techniques. La leçon que j’en tire, c’est qu’on doit les utiliser tous. Pourquoi se cantonner à un seul petit domaine et l’épuiser en peignant dessus cinquante tableaux ?»
Tout est dit. La voie de l'audace et de la recherche permanente est ouverte.
David Hockney 
va faire vivre,  ou revivre, la peinture figurative et il fallait de la conviction pour le faire à une époque dominée par l'abstraction. Il va faire évoluer sur la trace des grands maîtres de la Renaissance comme Fra Angelico dont il revisitera "L'Annonciation" qui l'avait fasciné enfant. Il cherche, loin de la technique de la pure réprésentation classique.
Il part pour la Californie qui lui inspire des recherches sur l'instantané.
"Je m'étais rappelé Léonard de Vinci. J'adorais toutes ses études d'eau qui tourbillonnent. L'idée de passer quinze jours à peindre un événement qui n'a duré que deux secondes me plaisait énormément." 
"David Hockney by David Hockney-Nikos Stangos-Ed. Thames and Hudson-1976).
Ainsi naît la série des piscines fin des années 6O, début des années 70.

Optimized bigger splash Le tableau "A bigger splash" en est l'oeuvre la plus aboutie IL va devenir un symbole de la Californie et de la peinture de David Hockney.
"Le ciel brillant de Californie aplatit les formes et baigne l'ensemble dans une lumière du jour uniforme et technicolor", expliquera-t-il à la revue Studio international en 1968.
"Ce  monde est le monde de la photographie. Il n'y a aucune continuité et aucun développement possible. La figure dont le plongeon est relaté par l'éclaboussure ne fera jamais surface
en ce monde."
"
La surface de l'eau est la métaphore de celle du
tableau" juge
Didier Ottinger.

                                                                                                                                                                       "A bigger splash"-1967-Acrylique sur toile-242,5  x244 cm-
                                                                                                                                                                     Tate Londres.
David Hockney peindra une dizaine de tableaux de piscines. "A Bigger Splash" donnera son nom à un film de Jack Hazan (1973). David Hockney et son entourage jouent leur propre rôle. Le film se concentre sur un épisode de sa vie, sa rupture avec Peter Schlesinger, un jeune modèle, amant et artiste débutant rencontré à l'Université de Californie à Los Angeles. Un autre tableau devient ainsi mondialement célèbre. Optimized portrait of an artisteAu terme d'un travail qui intègre la photographie et le collage à la peinture, David Hockney représente son amant perdu qui regarde un autre homme, lui-même ? nageant sous l'eau et donc coupé de lui.  Il livre une oeuvre qui prend une valeur sentimentale et narrative. Au crépuscule des Swinging Sixties, ce tableau et le film "A Bigger Splash" font entrer dans l'oeuvre de David Hockney la reconnaissance et la revendication de l'homosexualité
                                                            dans un monde qui va être englouti par le sida.
Portrait of an Artist (Pool with two Figures- 1972)                    
Acrylique sur toile-213,5 x 305 cm-Lewis collection)
"Je crois au pouvoir de l'art. [...] je crois également que l'art peut changer le monde", écrira en 1995 David Hockney. (David Hockney, Ma Façon de voir, ed. Thames & Hudson, 1995).
S
avait-il que le poète espagnol Gabriel Celaya avait écrit « la poesia es une arma cargada de futuro » dans le recueil « De Cantos iberos ».  C’était en 1955, dans un autre temps, dans un autre continent, dans l’Espagne encore franquiste. 

Optimized celia Toujours fidèle à sa volonté d'utiliser toutes les techniques, David Hockney change de registre pour consacrer une partie des années 70 au dessin et à la gravure.
Il ne prend pour modèle que des gens de son entourage ou de sa famille dont sa mère. Après la séparation avec Peter Schlesinger. Celia Birtwell, créatrice de tissus, devient sa muse.
La délicatesse de ses oeuvres les relie aux dessins de Ingres et lorsque la couleur intervient aux pastels de Toulouse-Lautrec et Degas.

"
Celia in Black Dress with White Flowers-1972-
Crayon sur papier-
443,2 x 35,5 cm-
Collection Victor Constantiner- New York
A ses dessins, David Hockney juxtapose une série de portraits à taille humaine, doubles qui plus est, une autre façon de découvrir la personnalité profonde de ses modèles. Toujours les mêmes bien sûr.
«C’est fascinant d’avoir en face deux personnes au lieu d’une. Dans ces doubles portraits, très souvent les personnes se cherchent, essaient d’attraper, de séduire l’autre», confiera-t-il en 1981.
«Cela m’intéresse de comprendre ce qui les unit et très souvent, au moment où j’ai fini de les peindre, je découvre que ce couple n’existe pas, que ces gens de ne sont pas vraiment ensemble» (1981). 

Ainsi est- il suggéré dans le tableau "Mr Optimized clark and percy
and Mrs Clark and Percy". Celia, toujours présente, et Ossie qu'elle vient d'épouser sont représentés dans leur appartement londonien. Le décor est d'un figuratif simplifié, aplati. Ils sont à contre-jour, séparés par une porte-fenêtre ouverte sur l'extérieur. Ils ne se regardent pas. Leurs yeux fixent le centre du tableau, vers le peintre ? vers le regardeur ? vers un ailleurs ? Chacun de son côté.

Mr . and Mrs. Clark and Percy-1970-1971- Acrylique sur toile-213,5 x 305 cm-Tate.
Edward Hopper, peintre américain de l'après-Seconde guerre mondiale (1882-1967) avait ouvert ce chemin de la solitude et de la mélancolie avec des oeuvres dont Nighthawks (1942). Mais fidèle à lui-même,  David Hockney s'offre une variante.

Optimized parc

Son tableau "Parc des sources, Vichy", respecte les thèmes du double portrait et de l'isolement des personnages. Homme et femme sont côte à côte à bonne distance, une chaise vide donne un autre signe d'absence et leur regard se perd au lointain. Une réflexion sur la perspective s'ingère dans le tableau.

Parc des sources Vichy-1970-Acrylique sur toile-214 x 305 cm-Tate
David Hockney prolonge cette réflexion jusqu'à se faire le chantre de la Perspective inversée héritée d'une théorie élaborée par le Russe Pavel Florenski, pope et mathématicien en 1919. En très résumé, la base est que la perspective suit des lignes de fuite vers la gauche et la droite au lieu de converger vers un axe ou un point central, conformément à sa définition à la Renaissance. 
Toutes les techniques, toujours, comme Picasso. David Hockney se lance dans des recherches sur les "Savoirs secrets" des grands maîtres et conclut qu'à partir du XVe siècle Dürer, Ingres, Holbein, Vermeer auraient utilisé des lentilles et des miroirs pour peindre.
Lui-même  réalise au tournant du XXe siècle une série de portraits pour camera lucida.
Modernité oblige, vient ensuite le temps du travail sur Polaroïd, ordinateur, photo copieuse, smartphone puis IPad.
Nouvelle pirouette, David Hockney revient dans son Yorkshire natal armé de ses nouveaux "outils" de travail.
ll s'installe à une croisée de chemins dans des bois et crée la série des « Four seasons – Woldgate Woods » composée de 36 vidéos digitales présentées sur 36 moniteurs de 139 cm formant une seule œuvre de 4 minutes 21 secondes (Collection personnelle de l’artiste).
four seasonsLe Centre Pompidou présente un autre morceau de bravoure, l'oeuvre monumentale "Bigger Trees near Warter or/ou Peinture en Plein Air pour l'age Post-Photographique".
Le tableau est composé de 50 huiles sur toile peintes sur place puis assemblées pour créer une unité de  459 x 1225 cm. (Tate Gallery).

Optimized tress
La Tate Britain est passée à une exposition « Queer British Art 1861–1967 » qui présente des œuvres liées au mouvement LGTBQ – lesbiennes, gays, transexuels, bisexuels, queers. Raté pour David Hockney.
Le Centre Pompidou reste prêt à vous accueillir pour 14 euros, prix du coupe-file sur internet qui permettait en juillet d'éviter toute attente. Le Metropolitan offrira une dernière chance aux retardataires.
Allez prendre une respiration d’insouciance et d’impertinence.
Vous en ressortirez peut-être avec la bouille réjouie et l’esprit libre d’un dandy anglais.
Prenez soin de vous.