Peinture et poésie

Les peintures 20x20cm de Christian Perrier exposés à la Galerie cachée dans le cadre de l'exposition "Figures tremblées" sont des oeuvres originales créées pour illustrer le livre 
Il n’est d’eau que la mer

Florilège de poésie zélandaise

Ed. Monts-Déserts, 2015

Poésies choisies et traduites par Pierre-Jean Brassac

Illustrations de Christian Perrier

                              

Texte rédigé par Christian Perrier pour l’exposition et signature du livre à la Galerie Gaïa, à Nantes, en mai 2015

                                 Comment la Zélande est peinture....
Pour réaliser ces ponctuations picturales pour le florilège de poésie zélandaise, il n'était pas question de s'inspirer des textes des poètes puisque je n'avais pas encore pu les lire.
Je n'ai pas non plus cherché à représenter fidèlement ce que j'ai vu en Zélande...
En effet mon propos en tant que peintre n'est pas de représenter ou de raconter ce qui m'entoure. Il m'arrive certes d'esquisser des figures. Végétaux anonymes, ustensiles approximatifs, architectures improbables. Pour aussitôt vouloir les défigurer, les déformer, les raturer, les abolir. Pour éviter l'image. Parce que l'image enferme, bride l'imaginaire, sombre dans l'anecdote, la narration, empêche de percevoir la peinture. Pour permettre le vagabondage du regard sensible il me faut donc gauchir le trait, égarer la couleur, brouiller les formes afin que naisse l'ombre d'un doute sur ce que l'on a perçu.
Que le désir vienne de cette faille.
Qu'affleure une qualité d'incertitude
Je cherche à faire voir et non à faire reconnaître
Ainsi pour les peintures du florilège je n'ai pas voulu peindre des paysages mais plutôt des sensations, une atmosphère intérieure imprégnée bien sûr par les vagabondages de mon regard entre ciels et canaux, plages et prairies ou ces alignements blottis de maisons sages ou de bâtisses orgueilleuses.
J'en ai retenu des concertos de lignes horizontales ponctuées par quelques verticales solitaires ou sériées, des lointains à deviner, des mariages d'eau, de terre, de sable et de ciels, des couleurs d'une grave mélancolie, des matières épaisses, ancrées, pour faire pièce aux inconstances de l'air ou à la ductilité des eaux..
Zélande fantasmée sans doute mais bien présents sont en moi ses gris noyés, ses bleus hésitants, ses verts ductiles ses ocres nostalgiques avec parfois le cri joyeux d'un rouge qui point sur la mer ou comment la Zélande est peinture.

Christian Perrier – mai 2015